Quels sont les enjeux que l'administration doit anticiper ? Quels sont les projets à mettre en place pour y répondre ?
C'est à cet exercice de projection et d'innovation que se plient chaque année les candidats au Challenge Administration 2020 organisé par la direction générale de la modernisation de l'Etat à destination des étudiants.
Le 8 février, le jury a distingué trois projets. Trajectoires vous propose de découvrir les deux premiers projets récompensés.

1er prix
L'équipe Data Team - ESCP Europe : création d’un institut des données ouvertes à destination des agents de la fonction publique afin d’inclure le citoyen au cœur de open.data.gouv.fr
Interview
Parlez-nous de vous ?
Nous sommes deux étudiants de l’ESCP Europe, rencontrés au hasard dans la bibliothèque autour d’une revue sur les administrations, réunis ensuite par l’envie de servir l’intérêt général. Ludovic Péran est amateur d’escalade et a le goût de l’effort. Il s’intéresse de près à la chose publique ainsi qu’à l’économie et souhaite orienter sa carrière en ce sens. Amateur de voyage et de course à pied, après un Master d’Aménagement du Territoire et d’urbanisme à l’université Paris IV Sorbonne, Rémy Lombard souhaiterait poursuivre son parcours sous le sceau de l’entrepreneuriat et de l’innovation.
Qu'est ce qui vous a motivé au départ ?
Ce qui a motivé notre démarche, c’est le goût du challenge, le sens du service public que nous partageons, la sensation d’avoir identifié un besoin auquel nous pouvions imaginer une réponse innovante.
Expliquer votre projet, quels sont les objectifs ?
IDO (Institut des données ouvertes) est d’abord un programme de sensibilisation et de formation des agents publics à la question de la libération des données publiques. Cette dynamique vise à changer la culture et les pratiques des administrations de la fonction publique d’Etat, territoriale et hospitalière. Elle s’adresse en priorité à des acteurs publics à effet levier : décideurs publics, chefs de services, DSI, directeurs de communication, correspondants Open-Data et PRADA et futurs administrateurs. D’une part, le dispositif opère une sensibilisation par un plan média, des vidéos et ouvrages de vulgarisation sur le sujet. D’autre part, des enseignements présentiels et/ou distantiels seront dispensés par des organismes de formation (IGPDE, Réseau RESP, CNFPT) pour former les agents publics à produire, collecter et diffuser des données publiques, de manière responsable et éclairée. L’enjeu majeur est de mettre le citoyen au cœur de la préoccupation de cette formation tout en accompagnant le mouvement de l’Open Data en France.
Au fond, l’objectif d’IDO est d’informer et de former pour transformer l’administration pour qu’elle devienne 2.0, participative et collaborative.
Pourquoi pensez-vous que c'est un programme nécessaire ?
Il est tout d’abord nécessaire d’accélérer la diffusion de l’Open data en France, ce qui est le but d’IDO. En France, la libération des données a d’abord été menée par des collectivités pionnières (Brest, Rennes, Paris) et des démarches citoyennes. Le 5 décembre 2011, a été lancée la plate-forme d’Etat data.gouv.fr, le pendant français de Data.gov américain lancé en 2009. Créée par Etalab, visant une diffusion des données la plus rapide possible, cette plateforme centralise 352 000 jeux de données de l’Etat et des collectivités locales. Le lancement d’Etalab s’inscrit donc dans une logique d’appropriation française d’un mouvement planétaire.
Le programme est d’autant plus nécessaire au développement de l’Open data que nous avons diagnostiqué un besoin révélé lors sa mise en oeuvre. Nous analysons la mise en place de l’open data comme suit : l’acte 1 fut la mise en ligne des données sur la plateforme nationale, l’acte 2 consiste à encourager les entrepreneurs à créer de la valeur avec l’Open Data en récompensant leurs meilleurs applications lors de concours. Cette chaîne de valeur qui va de la conception des données par un agent public à leur réutilisation par un tiers comporte toutefois une faiblesse en amont: la récolte de données se fait de manière trop artisanale. Il y a donc un goulet d’étranglement qui empêchera le projet d’Etalab de prendre de l’ampleur rapidement. IDO cherche à résoudre ce problème par la sensibilisation et un dispositif de montée en compétence.
Quels sont les enjeux pour l'administration à votre avis ?
Les enjeux de l’Open Data sont politiques (décision politique de libérer les données), économiques (gratuité ou valorisation de certaines données publiques), juridiques (licences, propriété intellectuelle) et techniques (comment opérer l’ouverture et le transfert des données). L’enjeu sur lequel nous avons souhaité nous concentrer est celui de la culture : accompagner le passage d’une culture du secret et de défiance à celle de la transparence et de la confiance ; générer des nouvelles pratiques, initiant des synergies entre les services de l’administration, mais aussi en laissant l’opportunité aux entrepreneurs de créer de nouveaux services publics, utiles aux citoyens. L’Open Data répond par la même occasion à des enjeux financiers (faire plus avec moins) et de compétitivité économique, en offrant de la ressource pour innover.
Quel(s) ministère(s) selon vous pourrait monter et mettre en œuvre un tel projet ?
L’objectif même du projet est d’ancrer plus profondément la culture de l’Open Data au sein de toute l’administration, ce qui invite à ce qu’il soit porté par une structure interministérielle. De fait, le projet sera piloté par la DGME et Etalab, conseillé par des institutions expertes (CADA, CNIL, APIE, DISIC). Pour la sensibilisation, elle s’appuie sur les canaux internes de l’Etat (DILA, Lettre Trajectoire) et externes (la presse). Pour la formation, elle associe la DGAFP pour l’Etat et le CNFPT pour les collectivités locales. Surtout, il s’agit d’une structure flexible qui ne rajoute en rien une « couche administrative » : elle a pour but de s’intégrer dans les entités qui le pilotent et doit se dérouler en coopération avec les organismes de formation.
Est-ce que cet outil suffira à résoudre le problème qu'il est censé résoudre ? Sinon quels autres outils complémentaires voyez-vous ?
Cet outil est une contribution à l’appropriation de l’Open Data en France. Il vise l’amont de la chaîne de valeur de la libération des données publiques : un investissement réduit pour un fort potentiel de création de valeur. Avec les postulats de ne pas créer d’ETP (équivalent temps plein) et de tabler sur les crédits à la formation, le projet a été estimé à 72 000 euros.
Observer, par un observatoire des données ouvertes, comme le recommande le Livre Blanc du Conseil National du Numérique, pourrait être complémentaire aux premières actions d’IDO afin de nourrir et de tenir à jour la formation et les actions de sensibilisation par des retours d’expériences mondiaux. En aval, expérimenter les possibilités de modernisation offertes par l’Open data au sein des fonctions publiques pourrait être un prolongement naturel d’IDO, en faisant de travailler de manière transversale les administrations.
2ème prix
Equipe en deux temps trois clics – IEP de Bordeaux : site web" bison futé" de l'administration qui indique les temps d'attente dans chaque service administratif à une heure demandée
Interview
Parlez-nous de vous ?
Bonjour ! Nous sommes Sophie Bretagne et Anthony Szalkowski, deux étudiants de l’Institut d’études politiques de Bordeaux où nous sommes en Master Carrières administratives. Cette formation nous prépare aux concours administratifs de catégorie A et A+. Sophie se destine à une carrière de directrice d’hôpital ou d’administrateur territorial et Anthony pour sa part vise à une carrière au sein du corps préfectoral ou de la police nationale.
Qu'est-ce qui vous a motivé au départ ?
L’administration étant notre futur, nous avons voulu travailler au futur de l’administration. En participant au Challenge Administration 2020, nous avons souhaité apporter notre concours à la modernisation et à l’amélioration du cadre de travail qui sera le nôtre demain. De plus, notre formation étudiante étant principalement théorique, ce challenge a été l’occasion d’aborder le concret de l’administration et les problématiques quotidiennes qui s’imposent à elle.
Expliquer votre projet, quels sont les objectifs d'un tel outil ? - Comment ce site se présente-t-il ? Comment ça marche ?
Notre projet est un « bison futé » de l’administration visant à optimiser la gestion des flux dans les salles d’attente des services publics. Il s’agit d’un module qui pourra être intégré à n’importe quel site administratif (site de la préfecture, de la CAF, du Crous, Monservicepublic.fr, etc.). L’usager renseignera le jour, l’heure, la ville et le service dans lequel il souhaite se rendre. Le module lui indique alors un temps d’attente estimé ; si ce temps est trop important, le site génère un horaire similaire mais moins encombré durant lequel l’usager pourra se rendre au sein de l’administration, muni des documents idoines puisque le module fournira ce renseignement, évitant ainsi tout déplacement inutile. Le module sera également décliné dans une application Smartphones, permettant une opérationnalité totale et élargissant sa cible aux publics actifs.
Pourquoi pensez-vous que c'est un outil nécessaire ?
Ce module monte d’un cran dans la communication d’informations par l’administration. En effet, il ne s’agit plus uniquement de fournir des tableaux avec les horaires d’affluence comme cela existe déjà mais de partir des besoins de l’usager. De plus, l’usager disposera d’une information cohérente et actualisée. Il pourra en outre accéder aux opérations réalisables en ligne, évitant ainsi tout déplacement inutile, dans une démarche de dématérialisation.
Ce module est gagnant pour les usagers qui opèrent un gain de temps, gagnant pour l’administration qui peut mieux organiser sa structure et gagnant pour les agents qui, bénéficiant d’un accueil apaisé, travailleront dans de meilleures conditions.
Quels sont les enjeux pour l'administration à votre avis ?
Pour nous, l’accueil est au cœur de la mission de service public de l’administration et les efforts doivent être poursuivis car un accueil apaisé, c’est une administration plus efficace. L’administration et notamment les préfectures, sur lesquelles nous avons décidé de nous centrer lors de la phase test du projet, ont entrepris une démarche qualité. Avec le référentiel Marianne, la qualité de l’accueil s’est améliorée. Les démarches de dématérialisation doivent également être encouragées afin que les agents d’accueil puissent se concentrer sur des missions nécessitant une prise en charge personnalisée des usagers.
Quel(s) ministère(s) selon vous pourrait monter et mettre en oeuvre un tel projet ?
La Direction générale de la modernisation de l’Etat pilotera notre projet car elle bénéficie d’une expérience considérable en termes d’amélioration de la qualité de l’accueil dans les administrations. Dans un premier temps, le module sera testé dans les préfectures et sous-préfectures dans les services de l’immatriculation. Ainsi, un partenariat avec le ministère de l’Intérieur est indispensable. Puis, le module s’étendra à d’autres administrations comme les CPAM, les CAF, les CROUS, le Trésor public. Le concours des ministères concernés sera nécessaire.
Est-ce que cet outil suffira à résoudre le problème qu'il est censé résoudre ? Sinon quels autres outils complémentaires voyez-vous ?
Tout d’abord, il est indéniable que la qualité de l’accueil sera améliorée car il ressort des enquêtes de satisfaction menées dans le cadre de la labellisation Marianne que l’usager porte une attention toute particulière à la cohérence de l’information. D’ailleurs, chaque administration utilisant le module aura accès à la base de données afin d’actualiser l’information. Nous avons également prévu de proposer cette estimation des temps d’attente pour l’accueil téléphonique, qui est dans les CPAM notamment, la première forme de contact avec l’usager.
Nous espérons que vous pourrez utiliser très vite notre outil !
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