Synthèse de la Revue stratégique de la fonction publique 2035-2050
Publication DGAFP
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À l’occasion du 80e anniversaire de la direction générale de l’administration et de la fonction publique en octobre 2025, l’historien Pierre Rosanvallon a rappelé que la fonction publique française s’inscrivait dans une tension constitutive de toute démocratie : entre le temps de la décision politique, nécessairement rythmé par l’alternance et le débat, et le temps long de l’administration.
La fonction publique a précisément pour vocation d’incarner une forme de permanence pour mettre en œuvre l’action publique dans la durée, au service des Françaises et des Français, sous l’autorité des élus de la République.
Cette permanence désigne la capacité de l’État, des collectivités territoriales et des établissements de soins à faire vivre, concrètement, des principes qui sont le fruit de notre histoire collective et auxquels nos concitoyens sont attachés : l’égalité d’accès aux services publics, leur continuité et leur efficacité, l’impartialité des décisions qui les concernent, la neutralité de l’action administrative et la protection de l’intérêt général.
Elle repose non seulement sur des institutions et des règles propres, qui traduisent les spécificités de l’action publique, mais surtout sur les femmes et les hommes qui, quel que soit leur statut, les incarnent dans l’espace public et les mettent en œuvre au quotidien : enseignants, magistrats, policiers, gendarmes, pompiers, surveillants pénitentiaires, secrétaires généraux de mairie, animateurs, infirmiers, assistants sociaux, aides-soignants, agents administratifs et techniques…
Le statut général des fonctionnaires de 1946, instauré à la Libération, traduisait cette ambition de permanence intrinsèquement liée à la place imminente que l’État n’a cessé d’occuper dans l’histoire de notre pays. Il n’organisait pas seulement une relation d’emploi d’un genre particulier, mais visait à protéger les agents publics de l’arbitraire, à leur reconnaître des droits et à donner à la puissance publique les moyens de conduire dans la durée les politiques nécessaires à la reconstruction et au développement du pays.
Quatre-vingts ans plus tard, cette ambition conserve toute sa portée, même si elle se trouve confrontée à des réalités profondément renouvelées. Le vieillissement de la population, le réchauffement climatique, la diffusion rapide du numérique et de l’intelligence artificielle, les tensions de recrutement, le renforcement des inégalités territoriales et la contrainte budgétaire modifient simultanément les besoins de service public, les métiers exercés et les conditions d’emploi des agents publics. Ils invitent à déterminer les conditions dans lesquelles nous serons capables d’assurer la résilience des services publics à long terme sous l’angle des ressources humaines.
C’est l’ambition de cette revue stratégique de la fonction publique menée par la direction générale de l’administration et de la fonction publique (DGAFP), en concertation avec les parties prenantes (employeurs publics, organisations syndicales, agents publics, experts, universitaires…). Dans une approche fondée sur le dialogue et l’ouverture, neuf ateliers territoriaux, dont trois en Outre-mer, ont réuni près de 300 participants issus des trois versants de la fonction publique (État, territoriale et hospitalière). Les organisations syndicales, les employeurs publics des trois versants et les agents publics récemment arrivés dans la fonction publique ou en formation ont été associés tout au long de la démarche.
Les travaux se sont appuyés sur une cinquantaine d’entretiens, une dizaine de contributions, la participation d’une douzaine d’écoles de service public, ainsi que la mobilisation du comité d’orientation des ressources humaines (CORH).
Un benchmarking européen et international portant sur 25 pays, en mobilisant le réseau européen des administrations publiques (EUPAN) et les postes diplomatiques, a également enrichi les travaux de la revue stratégique.
L’exercice prend pour point de départ les besoins de service public auxquels les administrations devront répondre à l’horizon 2035-2050, en cohérence avec les travaux du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) dans le cadre de son exercice de prospective « France 2035, France 2050 ». Cette perspective de dix puis de vingt-cinq ans correspond aux temporalités en matière de gestion des ressources humaines : un agent recruté aujourd’hui pourra encore exercer en 2050, et la transformation des compétences, des voies d’accès et des organisations produit nécessairement ses effets sur plusieurs années, voire plusieurs décennies.
La revue est une contribution au débat public, considérant qu’il revient aussi à l’administration de s’inscrire dans le temps long, comme le Conseil d’État l’y a invitée dans son étude annuelle de 2025. Fidèle à l’article 15 de l’ordonnance du 9 octobre 1945 qui la chargeait de « préparer les éléments d’une politique d’ensemble de la fonction publique », la DGAFP entend par cette revue établir un diagnostic objectivé et partagé, identifier les grands enjeux qui en résultent et éclairer les arbitrages politiques qu’implique toute évolution de l’emploi public.
Elle examine, à cette fin, plusieurs modèles d’évolutions possibles présents dans le débat public, souvent depuis longtemps, en rendant plus explicites les conséquences, les avantages, les limites et les conditions de réussite de chacun des choix possibles.