Journée nationale contre le sexisme et pour une société plus égalitaire
Actualité | Publiée le 23 janvier 2026 | Mise à jour le 23 janvier 2026
À l’occasion de la Journée nationale de lutte contre le sexisme et pour une société plus égalitaire, le 25 janvier 2026, la DGAFP réaffirme l’engagement des employeurs publics de promouvoir la culture de l’égalité et lutter contre les violences sexistes et sexuelles au travail (VSST) subies par les femmes.
La fonction publique emploie 63% de femmes et se doit ainsi d’être exemplaire dans le domaine de l’égalité entre les femmes et les hommes. Cet article met en lumière la diversité et la complémentarité des actions menées au sein de la fonction publique pour prévenir le sexisme et renforcer l’égalité professionnelle.
Gaël de Peretti, sous-directeur des études, des statistiques et des systèmes d’information à la DGAFP, est aussi Haut fonctionnaire à l’égalité femmes-hommes au sein du ministère de la fonction publique. Il revient sur ses missions et sur les grands chantiers à venir.
"Au sein du ministère de la fonction publique, mon rôle est de piloter et de faire vivre les politiques d’égalité professionnelle et de diversité dans l’ensemble de la fonction publique. Cela repose sur plusieurs leviers complémentaires, allant des obligations juridiques aux outils de suivi, en passant par des politiques RH concrètes mises en œuvre par les employeurs publics.
Un premier levier essentiel, ce sont les obligations contraignantes, comme le dispositif des nominations équilibrées dans les emplois supérieurs, suivi par la DIESE. Il vise à garantir une meilleure représentation des femmes et des hommes aux postes de responsabilité, avec, en cas de non-respect, l’application de pénalités financières.
Un deuxième levier repose sur la mesure et la transparence. À la DGAFP, nous produisons et suivons des indicateurs permettant d’objectiver les inégalités tout au long des parcours professionnels : écarts de rémunération, déroulement de carrière, promotions, temps partiel ou encore accès aux concours. Ces données sont notamment valorisées dans le rapport annuel sur l’état de la fonction publique et dans les publications diffusées chaque année autour du 8 mars.
Ces constats doivent ensuite se traduire en actions concrètes. C’est tout l’enjeu des plans d’actions en faveur de l’égalité professionnelle, qui permettent aux employeurs publics de mettre en place des mesures adaptées à leur contexte, qu’il s’agisse de promouvoir la mixité des métiers, de prévenir et traiter les violences sexuelles et sexistes, de renforcer l’action sociale ou d’améliorer la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle.
Dans le cadre de mes fonctions, je participe aux travaux de la commission stéréotypes du Haut Conseil à l’égalité qui vient de sortir son rapport sur le sexisme, rapport très intéressant avec un focus cette année sur le masculinisme : un ouvrage à lire absolument !
Deux grands chantiers structurants nous mobilisent actuellement.
Le premier est la négociation d’un nouvel accord sur l’égalité professionnelle, dans la continuité de l’accord de 2018. Il vise à actualiser les axes existants et à intégrer de nouveaux enjeux, notamment le handicap, la santé des femmes et la prise en compte des violences intrafamiliales. Sur ce sujet, en méthode, on réalise un bilan avec les organisations syndicales sur ce qui a été fait ou pas. Pour différents thèmes identifiés, des experts nous présentent un état des lieux, et on réfléchit ensemble aux mesures concrètes et évaluables à mettre en place. En ce moment, nous négocions par exemple le sujet de l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle sachant que les femmes s’occupent en moyenne plus des enfants, donc occupent plus de temps partiel, ce qui peut nuire à leur carrière. Pour pallier ce problème, certains pays nordiques ont ainsi instauré un congé de paternité et maternité obligatoire, ce qui peut être une inspiration…
Le second chantier concerne la transposition de la directive européenne sur la transparence des rémunérations, qui conduit à faire évoluer l’index de l’égalité professionnelle. Coconstruit par la DGAFP avec l’ensemble des parties prenantes, cet outil sera adapté aux exigences européennes en lien avec le réseau des hauts fonctionnaires à l’égalité.
L’enjeu central reste de garantir l’effectivité des règles existantes, en articulant transparence, accompagnement, dialogue social et association de l’ensemble des parties prenantes. Ce qui compte au final, c’est d’aller vers l’égalité, qui est une valeur phare des droits humains, des services publics et de notre République".
Fonds en faveur de l’égalité professionnelle (FEP) : retour sur les projets d’administrations publiques en 2025
Le fonds en faveur de l’égalité professionnelle (FEP) vise à promouvoir la culture de l’égalité et à lutter contre les violences sexistes et sexuelles au travail en cofinançant des projets en ce sens au sein de la fonction publique.
Programme de sensibilisation au sexisme à la Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL) Martinique
La DEAL Martinique a proposé une journée de sensibilisation au sexisme à ses 250 agents, dans le cadre de son plan d’actions égalité professionnelle 2024- 2026, sur la thématique : « Favoriser la prévention et la lutte contre les violences sexuelles, le harcèlement et les agissements sexistes ». Plusieurs temps ont rythmé cette journée :
- Diffusion d’outils concrets : guide pratique « comprendre et agir contre les violences sexistes et sexuelles au travail », fiches de signalement (harcèlement moral et sexuel), dispositifs de signalements ministériels (cellule Allodiscrim, plateforme téléphonique interministérielle, numéro 3919).
- Organisation de trois sketchs sur le harcèlement par la troupe de théâtre Kant et Kant, permettant aux agentes et agents de s’approprier le sujet de la prévention des violences sexistes.
- Conférences sur le sujet des violences sexistes dans le monde professionnel et sportif, avec la participation de la sociologue Nadia CHONVILLE.
- Table ronde sur la place des femmes dans le monde sportif en Martinique, avec Coralie BALMY, championne olympique et Julia COUTURIER, plusieurs fois championne cycliste de Martinique.
Ce projet FEP a ainsi permis aux agentes et agents de la DEAL Martinique d’approfondir leur compréhension des enjeux de lutte contre le sexisme au travail et dans le monde sportif grâce à des outils de réflexion, des conférences et des spectacles pédagogiques.
Musée de l’Air et de l’Espace, Ministère des Armées : ateliers participatifs de prévention aux violences sexistes et sexuelles
Plusieurs sessions d’ateliers participatifs de prévention aux violences sexistes et sexuelles au travail ont été organisées à destination des agents du musée de l’Air et de l’Espace, incluant :
- Une présentation du cadre légal et réglementaire en matière d’égalité professionnelle et de lutte contre les discriminations ;
- La résolution de cas pratiques en groupes ;
- Un partage d’expériences et prise de parole, même sur des situations délicates.
Les objectifs ont été atteints, avec une mobilisation très satisfaisante de l’ensemble des agents et des taux de satisfaction élevés. Les ateliers ont favorisé le partage d’expériences, la réflexion autour de bonnes pratiques et des prises de conscience, renforçant la culture de l’égalité professionnelle au sein du musée et le partage d’un référentiel commun.
Centre Hospitalier Belair de Charleville Mézières des Ardennes (Grand Est) : serious game et campagne de sensibilisation
Les deux sessions serious games et un jeu quiz ont permis d’aborder les risques liés à l’exposition aux agissements sexistes et sexuels, aux stéréotypes discriminants, aux préjugés sexistes et sexuelles.
Une campagne de communication et de sensibilisation axée sur la création et la diffusion d’une capsule animée a été organisée à l’attention des professionnels.
Tous les acteurs ont été mobilisés et engagés, permettant de réaffirmer auprès des professionnels la prise en compte de la lutte contre les VSST au sein de l’établissement, et le soutien porté à toutes et tous. Les référents égalité professionnelle sont davantage investis dans leur mission et reconnus par toute la communauté hospitalière du CH Belair.
Département de l'Aude : la fresque du sexisme
Dans le cadre de la Quinzaine de l'égalité et de la diversité, une série d'actions de sensibilisations, telles que l'animation d'une "fresque du sexisme", a été organisée par le Département de l'Aude.
L'atelier a permis à une vingtaine d’agentes et d’agents de comprendre les rouages du sexisme, en travaillant de manière pédagogique, collaborative et créative. Ils et elles ont pu exprimer leurs idées et leurs ressentis dans un cadre bienveillant, accompagnés par des animatrices formées à ces échanges. Des prises de conscience, des montées en compétences sur les concepts liés aux VSST et une meilleure circulation de la parole ont été observées. Le groupe a pu explorer et proposer des solutions concrètes adaptées à l’environnement de travail de la collectivité, qui ont été transmises au référent en charge de l’égalité professionnelle.
Des formations sur la lutte contre le sexisme disponibles sur Mentor
Mentor, la plateforme de formation en ligne des agentes et agents de la fonction publique de l'État, propose des formations à l’égalité professionnelle et à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes. La session « Violences sexistes et sexuelles au travail : comprendre, agir et prévenir » a vu son nombre de participants augmenter drastiquement entre 2024, avec 2 389 sessions suivies et 2025, qui en comptait 4 919 (relevés en octobre 2025). Depuis 2022, 7 366 agents ont achevé cette formation.
La prise en compte de la montée des mouvements masculinistes par les employeurs publics
Le courant masculiniste regroupe des mouvements et discours qui défendent les intérêts des hommes face à la montée du féminisme et à ce qu’ils perçoivent comme une perte de privilèges, en contestant l’égalité de genre et en valorisant une identité masculine traditionnelle. Selon le rapport 2025 sur l'état du sexisme du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE), il existe une polarisation croissante entre des femmes plus féministes et des hommes sensibles à des discours qualifiés de « masculinistes », notamment chez les jeunes. Ce même rapport de 2026 pointe, lui, que 60 % des hommes pensent que « les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes », reflétant une vision du féminisme comme une menace pour les hommes, et 60 % des hommes estiment que « les féministes ont des demandes exagérées envers les hommes », alimentant un discours de victimisation masculine.
Au regard de l’ampleur de ce phénomène et de son impact sur les femmes, l’État se saisit de cette question.
Rencontres interprofessionnelles de la MIPROF
La MIPROF (Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains) a organisé une table ronde le 20 novembre 2025, consacrée aux mouvements masculinistes et réunissant des expertes et experts.
François Dupuis-Déry, politologue, a rappelé que la « crise de la masculinité » s’inscrit dans une longue histoire de réactions antiféministes face à l’émancipation des femmes et que ce mouvement n’est pas récent.
Neil Datta, secrétaire général du Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs, a présenté les résultats du rapport The New Wave, soulignant la professionnalisation de ces mouvements qui bénéficient désormais de financements en Europe, devenant de véritables infrastructures de lobbying.
Pauline FERRARI, autrice du livre « Formés à la haine des femmes » a présenté le masculinisme comme fondé sur une vision complotiste des rapports sociaux, dans laquelle les femmes auraient accaparé le pouvoir et où le féminisme serait responsable du déclassement des hommes. Ces discours s’organisent autour de thèmes récurrents — droits des pères, santé mentale, suicide — et circulent à l’échelle internationale. Elle a souligné la professionnalisation d’influenceurs qui exploitent les fragilités des jeunes hommes, en proposant des solutions simplistes à des enjeux complexes liés à l’identité masculine et aux relations interpersonnelles. Selon cette autrice, ces discours, autrefois marginaux, sont aujourd’hui normalisés et parfois même relayés dans l’espace médiatique.
L’association e-enfance a également alerté sur la diffusion de contenus masculinistes « gris » en ligne, ciblant les jeunes hommes via des formats courts et émotionnels.
Enfin, la Fédération nationale Solidarités Femmes a témoigné des impacts concrets de ces phénomènes sur les associations d’aide aux victimes, évoquant notamment des actions de perturbation des dispositifs d’écoute, telles que des saturations d’appels au 3919.
Les participantes et participants ont convergé sur la nécessité de traiter le masculinisme comme un risque sociétal, appelant à une réponse coordonnée des médias, des pouvoirs publics, des plateformes numériques et du monde éducatif.
Conférence du ministère de l'Intérieur
Le 25 novembre 2025, la DRH du ministère de l'Intérieur et la préfète haute fonctionnaire à l'égalité des droits, Fadela Benrabia, ont organisé une conférence intitulée « Violences sexuelles et masculinismes : les nouveaux défis pour l’égalité et la sécurité publique ».
Alizéa-Maïwenn CIFTCISOY, cheffe analyste-documentaliste de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH) a alerté sur des discours masculinistes qui tendent à représenter les femmes comme des personnes soumises ou comme des adversaires, sans les envisager comme des partenaires à part entière. La masculinité est présentée comme conquérante et violente, et le spectre d’actions de ces mouvements est assez large : intimidation en ligne, violences sexistes et sexuelles, y compris des formes de violences extrêmes. Une forte porosité idéologique existe avec des formes d’intégrisme religieux et politique. Elle a mis en avant la nécessité d’outiller les chaînes hiérarchiques des employeurs, d’accompagner les nouvelles générations et de démultiplier les compétences psycho-sociales en faisant appel aux acteurs sociaux.
Face à l’ampleur de ces phénomènes, l’Office Central de Lutte contre les Crimes de Haine (OCLCH) travaille désormais à identifier, en ligne, les idéologues de la sphère masculiniste. En quelques clics, l’internaute peut signaler le contenu masculiniste en ligne sur la plateforme Pharos qui traite les signalements de contenus illicites publics diffusés sur Internet.
Publication du rapport annuel sur l’état du sexisme en France – Haut Conseil à l’égalité (HCE)
Le rapport 2026 du Haut Conseil à l’égalité, publié le 21 janvier 2026, dresse un constat alarmant : le sexisme ne recule pas, il se transforme et se radicalise, notamment à travers la montée du masculinisme. Si une majorité de Français adhère au principe d’égalité, les perceptions se polarisent : 56 % estiment qu’il est aujourd’hui plus désavantageux d’être un homme, un sentiment particulièrement fort chez les 25-35 ans.
Le sexisme reste massif : 84 % des femmes ont vécu au moins une situation sexiste, 49 % ont subi des discriminations professionnelles et plus de 6 femmes sur 10 déclarent avoir été moins bien traitées dans l’espace public. Les violences sont omniprésentes : 1 personne sur 5 déclare avoir été frappée ou violentée par son ou sa partenaire, et 1 femme sur 5 est victime de viol au cours de sa vie. Dans la sphère numérique, les chiffres sont tout aussi préoccupants : 84 % des femmes ont déjà été victimes de violences sexistes en ligne.
Le rapport souligne que le masculinisme, largement amplifié par les réseaux sociaux, constitue désormais une menace pour la cohésion sociale et la sécurité publique.
Face à ce constat, 80 % des Français considèrent la lutte contre les discriminations et pour l’égalité comme une priorité, appelant à une action publique renforcée, en particulier dans l’éducation, la régulation du numérique et la prévention des violences.
Au regard des risques identifiés, le Haut Conseil à l’égalité formule 25 recommandations structurées autour de trois axes majeurs :
- Une action publique coordonnée et ambitieuse, en rendant notamment obligatoires les enseignements à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) et en renforçant la formation des professionnels.
- Un encadrement plus strict des plateformes numériques, avec une responsabilisation accrue face aux contenus sexistes et misogynes.
- Une reconnaissance et prévention de la radicalisation masculiniste, en l’intégrant aux stratégies de sécurité et de prévention, et en créant un observatoire national dédié. Ces mesures visent à faire du sexisme un enjeu central de démocratie et de sécurité publique.