« Le mécénat de compétences est l’opportunité de me tester dans des voies où je ne m’imaginais pas, sans prendre de risques personnellement ou professionnellement »
Actualité | Publiée le 23 avril 2026 | Mise à jour le 28 avril 2026
Étienne Delaunay est architecte de métier et s’engage dans le dispositif du mécénat de compétences dans le cadre de son emploi à la Ville de Paris. Il accompagne les personnes en situation de précarité sociale et numérique au sein de l’association Emmaüs Connect.
Pouvez-vous vous présenter ?
J’ai travaillé une dizaine d’années en tant qu’architecte d'intérieur dans le secteur privé. En 2016, j'ai souhaité intégrer la Ville de Paris par voie de concours externe. Je conçois des aménagements, souvent pour les mairies d’arrondissements, principalement des espaces dédiés à l’accueil des publics (guichets). J’ai de nombreux échanges avec les agents en mairies afin de comprendre le mieux possible leurs besoins, et surtout pour faciliter le plus possible leurs fonctionnements au quotidien.
Comment avez-vous découvert le mécénat de compétences ?
Notre DRH nous a présenté le dispositif par mail fin 2024, avec les associations et leurs fiches de poste : les Restos du Cœur, la Fondation des Femmes, Emmaüs Connect.
Quelles étaient vos motivations ?
J’aime aller explorer de nouvelles compétences, d’autres terrains méconnus. Ce dispositif m'offre la possibilité de me consacrer à une activité associative, pour lesquelles je n'ai pas le temps habituellement.
Quel était votre organisme d’accueil et votre mission, et pour quelle durée ?
J’ai choisi l’association Emmaüs Connect, association qui a la particularité de travailler sur les 3 aspects de la précarité numérique : l’accès au matériel, l’accès aux moyens de connexion et l’accompagnement vers des compétences essentielles. Être coupé d’internet aujourd’hui, c’est être exclu de services essentiels de la vie quotidienne, c’est s’éloigner du retour à l’emploi, du lien social.
Je réalise donc principalement l’accueil comptoir pour fournir des cartes internet, et réfléchis à m’engager prochainement dans la partie animation et formation, à travers le « parcours d’initiation », qui est l’accompagnement d’un groupe de bénéficiaires vers une progression des outils informatiques en six ou sept sessions.
La durée d’engagement est prévue pour un an, modifiable, résiliable, renouvelable. J’y consacre deux demi-journées par mois.
Quelles compétences professionnelles avez-vous mobilisées ?
Des compétences relationnelles principalement. La plupart du temps je suis en comptoir d’accueil : bien analyser les demandes, écouter attentivement les bénéficiaires (qui ne parlent pas toujours bien français), prendre le temps de bien reformuler, et même si la file d’attente grossit. Je développe ainsi ma résistance au stress ! Le savoir-être, la capacité d’écoute, une forme de souplesse pour pouvoir passer d’un problème à l’autre sont des qualités nécessaires pour cette mission.
Comment s’est passée votre intégration dans la structure d’accueil ?
Très bien. Je ne suis pas toujours au fait des dernières informations au sein de l’association, car je suis moins présent que les bénévoles (qui sont souvent des retraités). Mais tout le monde est bienveillant et les échanges entre nous permettent de se mettre au diapason rapidement. Les profils des bénévoles sont variés et c’est très enrichissant humainement.
Que vous a apporté cette expérience professionnellement et personnellement ?
Cette opportunité me permet de comprendre et de vivre concrètement ce qu’est la relation avec les usagers en comptoir d’accueil, plutôt que travailler en 3D ou en plan. Cela va grandement m’aider pour mes futures conceptions !
Avez-vous rencontré des défis ?
Oui, parfois les bénéficiaires rencontrent des problèmes techniques méconnus, et même si on fait le maximum pour pouvoir les aider, il faut parfois savoir dire tout simplement « je ne sais pas ». Dès lors qu’on y met de la bonne volonté, les bénéficiaires sont compréhensifs !
Il peut aussi y avoir des incivilités, je dois apprendre à gérer mon self-control et apaiser les tensions.
Enfin, il faut faire preuve d’auto-discipline dans l’engagement : pour être présent à Emmaüs Connect, le mécène ou le bénévole doit s’inscrire sur des créneaux horaires sur un planning partagé, il faut donc régulièrement penser à organiser et anticiper son temps de présence.
En une phrase, que représente pour vous le mécénat de compétences ?
L’opportunité de me tester moi-même dans des voies où je ne m’imaginais pas, sans prendre le risque de me mettre en danger personnellement ou professionnellement.
Il y a une vraie forme de fierté de participer à l'action sociale de la Ville de Paris.
À savoir
Les missions d'Étienne ont été réajustées par la Ville de Paris, en collaboration avec l'association pour être plus en adéquation avec ses compétences professionnelles. La gestion du planning a également été sécurisée pour les mécènes. La Ville de Paris montre ainsi que des adaptations tout à fait gérables peuvent arriver lors de cette expérimentation.
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