« La formation des IRA et la carrière d’attaché qui lui succède sont caractérisées par une grande polyvalence »
Autres pages | Publié le 13 février 2026 | Mis à jour le 13 février 2026
Thibault Poisson est analyste en conformité bancaire et financière à la Caisse des Dépôts. Il nous parle de sa formation à l’IRA de Metz, de son métier et donne quelques conseils aux futurs candidats.
« La grande force de l’IRA, c’est que la formation ne nous enferme pas dans un parcours type et que notre carrière peut nous permettre de naviguer d’un domaine à un autre, d’une administration à une autre »
En quelle année avez-vous suivi votre formation à l’IRA de Metz ?
J’ai commencé la formation en septembre 2022 et je suis sorti de l’école en mars 2023. À l'époque, la formation se déroulait en 6 mois.
Quel était le nom du parrain de la promotion ?
On avait fait le choix de ne pas donner un nom de personne ayant existé en choisissant « Gaïa », par sensibilité écologique au sein de la promotion. C'est quelque chose qui faisait consensus et autour de quoi on s'est retrouvés assez facilement. Chaque nouvelle promotion s’organise elle-même pour faire émerger un nom de parrain. Ce n’était pas encadré par l’administration, elle donnait simplement une deadline à partir de laquelle il faut que la promotion se soit trouvée un nom.
Quel est le souvenir ou l’anecdote qui vous a le plus marqué ?
Je ne vais pas être très original, mais je dirais que mon souvenir le plus marquant est celui de l'amphi d'affectation. C’est une étape particulièrement décisive, où on commence à y voir plus clair, où la perspective du premier poste devient beaucoup plus concrète. C'est un moment fort, lors duquel toute la promotion se réunit, partagée entre appréhension et soulagement. L’amphi d’affectation, c'est un temps qui marque la fin prochaine de la scolarité. Il intervient quand on a reçu toutes nos notes et qu’un classement s’est dessiné, avec un ou une major qui aura le choix du prince et un dernier qui devra choisir parmi les postes restants.
Quel est le cours ou l’intervenant qui vous a le plus influencé ?
C’est certainement le cours d’analyse financière. Un intervenant de la Caisse des Dépôts nous présentait les bases de l’analyse d’états financiers pendant une journée. C’est à cette occasion que j’ai vraiment découvert ce que c’était de lire un bilan, un compte de résultat et les sujets de liquidité et de solvabilité auxquels une entreprise peut être confrontée.
Ce n’est pas forcément quelque chose que l’on attendrait dans une formation de fonctionnaire. Personnellement, j’ai trouvé important de nous familiariser aux enjeux financiers des entreprises. D’autant plus qu’en tant que fonctionnaires, nous sommes le plus souvent préservés des conséquences des cycles économiques, et nous pourrions être tentés de nous tenir à distance de ces sujets pourtant structurants. La matière m’a tellement plu qu’aujourd’hui je me suis lancé dans une certification américaine d’analyste financier et que je vais animer ce cours avec le collègue qui nous faisait la formation à l’époque ! Par la suite, j’aimerais faire valoir et développer ces compétences sur mon prochain poste.
Quel a été votre parcours professionnel depuis votre prise de poste ?
Je suis toujours, depuis 2023, sur mon poste de sortie d’école. Lors de l’amphi d’affectation, j’ai fait le choix de l’administration centrale de la Caisse des Dépôts. Comme toutes celles et ceux qui font le choix d’une administration centrale, j’ai ensuite été remis en concurrence avec les élèves des autres IRA qui ont choisi la même administration. On participe alors à un job dating, où chacun passe devant un recruteur. On rebat les cartes, et on passe des entretiens d’embauche plus classiques.
C’est ainsi qu’au sein de la Caisse des Dépôts, j’ai commencé ma carrière sur un poste d’analyste en conformité bancaire et financière. Avec mon équipe, nous analysons les principaux dossiers d’engagement du Groupe Caisse des Dépôts, c’est-à-dire les plus importantes opérations d’investissement et de prêt que réalisent l’établissement public et ses filiales. Je m’assure principalement que les dossiers ne présentent pas de risque en matière de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme et en matière de déontologie, qu’il s’agisse de conflits d’intérêts ou d’abus de marché.
Ce n’était pas du tout ce que je m’attendais à faire en rentrant à l’IRA, mais c’est assez révélateur du fait qu’il faut s’ouvrir à une grande diversité de débouchés professionnels et saisir l’opportunité de la période en école pour découvrir de nouveaux sujets. La grande force de l’IRA, c’est que la formation ne nous enferme pas dans un parcours type, et que notre carrière peut nous permettre de naviguer d’un domaine à un autre, d’une administration à une autre.
En quoi cette formation vous a-t-elle bien préparé à votre poste actuel ?
Le principal atout de la formation est de donner des compétences transverses, des soft skills, qui nous seront utiles quel que soit notre poste en sortie. Dans le cas particulier de mon poste, je n’ai pas réellement acquis de connaissances directement mobilisables. La montée en compétences s’est faite sur le poste. C’est plutôt normal s’agissant d’un poste qui ne constitue pas un débouché classique pour un attaché. Mais en réalité ce sera le cas pour tous les postes, à différents degrés. Il y aura toujours un coût d’entrée en arrivant sur son poste, et il n’est pas à négliger.
La formation est là pour donner un panorama de ce qu’il est statistiquement le plus probable de faire en sortie d’IRA, nous donner des notions de bases sur ces métiers et nous préparer à occuper le rôle d’attaché d’administration, mais sans nous donner de spécialisation. Il ne faut pas attendre, en tant que candidat au concours, que la formation nous donne toutes les clés pour arriver sur son premier poste en pleine maîtrise de ses missions. Ce sera forcément à la personne qui sort d’école de s’investir pour atteindre le niveau de compétence attendu d’elle sur son poste. L’IRA ne fera pas tout.
En un mot, qu’est-ce qui rend la formation des IRA vraiment unique ?
Ce qui caractérise le mieux la formation au sein des IRA, et la carrière d’attaché qui lui succède, c’est la polyvalence. La grande diversité des enseignements dispensés au cours de la formation en est le reflet. La formation ouvre au monde de l’administration en général. Que ce soit à travers le rapport commandé par une administration et le stage en administration, ou encore les échanges avec les intervenants, on reçoit un riche aperçu de ce qu’il est possible de faire en sortie d’école. Cette fenêtre sur la diversité des réalités professionnelles d’autres attachés permet de faire évoluer nos horizons et notre projet de carrière.
Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui envisage une carrière dans la fonction publique ?
De se lancer ! Dans la fonction publique, il y a énormément de métiers. C’est très bien d’avoir une idée précise de ce qu’on veut faire dans l’administration et de pourquoi on y entre, mais je pense qu’on gagne aussi à s’ouvrir à plusieurs débuts de carrière possibles. Cela offre davantage d’opportunités. Dans cette optique, l’IRA offre une très bonne option en complément du passage d’autres concours de cadre de la fonction publique. Si le vœu premier de cet étudiant est simplement de rejoindre le service public, sans plus de précision, alors les IRA et la carrière d’attaché peuvent parfaitement répondre à cette aspiration.
Pour l’accès à des corps de fonctionnaire dont les concours d’entrée sont très sélectifs, il ne faut pas non plus oublier la possibilité d’entrer dans la fonction publique par une autre voie, pourquoi pas en tant qu’attaché, pour ensuite passer ces concours en interne une fois que l’on a l’ancienneté suffisante. Quoi qu’il en soit, il ne faut surtout pas hésiter à se lancer et ne pas s’arrêter sur un échec à un concours !
Si vous deviez recommencer votre vie professionnelle, choisiriez-vous à nouveau les IRA ?
J’avais initialement une formation littéraire, qui me destinait plutôt à l’enseignement. Compte tenu des choix académiques que j’avais faits, j’ai pu opérer un réel changement de parcours grâce à l’IRA, une véritable bascule qui m’aurait été impossible autrement. Je voulais avant tout entrer dans la fonction publique, découvrir les rouages de l’État, comprendre comment tout cela fonctionne et essayer d’y trouver ma place, quitte à évoluer ensuite en interne.
Je referais l’IRA très volontiers, et j’ai l’impression que parmi mes anciens camarades de promotion, personne ne regrette d’avoir fait le choix des IRA pour leur début de carrière publique, justement parce que cela laisse beaucoup de liberté. En tant que littéraire, on a beaucoup des qualités attendues pour passer le concours des IRA - surtout sous la forme actuelle du concours, où ce qui va primer ce sera des qualités d’expression écrite et orale. Mais il faut accepter d’avoir un quotidien opérationnel et de se mettre au service de sujets parfois arides.
La diversité des parcours professionnels et académiques des candidats est une réalité, et c’est à mon sens ce qui fait la richesse de l’administration. Le jury est ouvert à une grande variété de profils, à condition qu’on ait témoigné des marques d’intérêt concrètes pour les métiers administratifs dans le cadre de notre préparation du concours.